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Anaïs Verspan viv vi ay, pa vann nanm ay

Anaïs est de ces femmes qui dégagent une aura. Un truc qui te force à être la meilleure personne que tu voudrais être. Elle te donne pas la sensation que tu ne sois pas assez…Non, c’est pas du tout ça. Elle te donne la sensation de ce que tu pourrais être encore..! Anaïs VERSPAN est une prolifique artiste guadeloupéenne d’une trentaine d’années. En avril 2017, elle est choisie pour  la  VIIème édition de la Carte Blanche du Fonds d’Art Contemporain (FAC) du Conseil Départemental (Beausoleil Saint-Claude).

Lors de cette exposition, une oeuvre réalisée en 2016 retient l’attention. L’artiste se met en scène dans un auto-portrait photographique hors norme et douloureusement prophétique. Son visage est sanglé d’un masque blanc, assise au milieu d’un champs de bananes, sa poitrine nue est amputée d’un sein. A l’époque ou elle crée cette oeuvre, Anaïs est bien portante, aucun nuage ne vient assombrir le ciel au dessus de sa case. Le verdict tombe après, elle est atteinte d’un cancer du sein, il faut faire vite et barrer le chemin de ce crabe. Voici l’interview d’une femme qui fait briller toutes les lumières qui se bousculent dans votre andidan.

Coucou Anaïs! Peux-tu nous parler de toi? 

Artiste visuelle de 37 ans et maman d’une petite bombe de 22 mois !

Quand as tu appris que tu avais un cancer du sein? Comment réagit-on quand on apprend une telle nouvelle? 

J’allaitais toujours, mais en me massant je sentais une grosseur malgré les conseils de mon entourage qui tentait de me rassurer en me disant que l’allaitement pouvait en être la cause et que cette chose disparaîtrait, j’étais inquiète. Ce corps étranger dans mon sein vide ou rempli de lait demeurait là. Rapidement j’en ai parlé à ma gynéco.

Est ce que l’art t’a aidé dans le parcours de soins? 

Oh que oui! L’Art m’a permis de  transcender la violence et la douleur du traitement. Donc de me dépasser…

« krab nou pa pè sa, nou ka manjé yo! »

As tu été entourée? Est ce important? 

J’ai beaucoup de chance à ce niveau, cet amour pur de la famille et de mes amis. Ils ont su être là et me laisser seule quand il le fallait. Et pourtant, je suis quelqu’un qui se plaint pas et qui va toujours bien, j’imagine que ce n’était pas évident pour eux… Lanmou pli fò… Toujou pli fò.

Mais il faut savoir que dans ces épreuves être entourée ou pas, on est seul… La première action c’est soi, la force mentale compte pour 60% de la guérison totale. Je ne voulais pas de pitié autour de moi, de pleurs… Cela ne change en rien la situation actuelle. On fait face, on propose une possibilité… Nou ka alé! krab nou pa pè sa, nou ka manjé yo! Donc mon entourage n’avait pas le choix que de me suivre dans ce mood !

Tu as choisi de te faire soigner à Paris. À quel hôpital? Comment cela se passe t’il? 

C’est un heureux  hasard. Je fais le va et viens entre Paris et Gwadloup, et ma gynéco est installée à Antony. C’est quand ils ont diagnostiqué mon cancer que j’ai su que ma gynécoloque était spécialisée en cancer et chirurgie du sein! Je fais confiance entièrement à cette équipe de l’hôpital privé d’Antony. Nous ne sommes pas des numéros mais des êtres humains donc ils réajustent le traitement selon les patients. il est important d’être en symbiose avec la mèdecine car le traitement est difficile, savoir lâcher prise, pour se concentrer sur soi, puiser en soi afin d’être ancrer.

La survenue de cette maladie t’a obligé à sevrer ta petite fille en un week end. C’est compliqué de mener une vie de maman quand on affronte la lourdeur des traitements? 

Très dure cette épreuve je n’avais pas du tout programmé ce mode de sevrage rapide et radical ! Ma fille c’est mon moteur, elle m’accompagne dans chaque étape.  Il est vrai que la famille me suit de près afin de ne pas casser ce lien. Une femme artiste évolue avec et grâce à sa tribu.

Quelques petits conseils pour les mamans qui passeraient par là? 

Ne pas se cacher, se libérer de toutes ses craintes… Les enfants ne sont pas dupes. iI s’agit de leur expliquer la situation avec des mots tendres et de belles images pour qu’ils ne vivent pas ce moment comme un traumatisme.

Quelles ont été les étapes les plus compliquées dans ton parcours de soins? 

Retour à la maison après les séances de chimio etc..l’inconnu et lâcher prise face à la douleurs et la très grande fatigue. Il ne faut pas que la partie financière et sociale dans notre parcours soit un tabou… L’inhumanité de certaines structures administratives censées te servir de couverture, en cas de défaillance de ta santé sont difficiles à vivre.

Vois- tu la vie différemment depuis ou pas du tout? Cet épisode de ma vie renforce mes convictions sur l’amour, la beauté, l’art, la vie: « Viv vi aw, pa vann nanm aw »

Tu as eu récemment une mastectomie. As- tu des techniques de sioux de filles pour celles qui douteraient de leur féminité après cet acte chirurgical? De bonnes adresses?

Depuis ma mastectomie, j’opte pour le look très classique, chemise blanche homme et jean accompagnés de derbys ou d’ escarpins pour un style femme « Flanm »!  Le conseil sexy et décalé, un cache tétons pour l’autre sein!

Pendant le traitement, est-ce que tu as trouvé des trucs et astuces, rimèd bokay à partager avec nos internautes? 

Ma tribu de femmes a mis en place un protocole de « rimèd razyé », du plaisir, du bien vivre et de bien manger. Cocktail de thé : atoumo, feuille corossol, curcuma, moringa, « brizé », citronnelle et cannelle. Blaf é ti n’en. Ti punch ou mon Heineken !

Et pour ne pas vous mentir, le jeûne est très important pour s’épurer, alléger le travail des cellules!

Tu fais partie du Projet Amazones, doublement, à la fois en tant que Amazone et en tant qu’artiste. Que vas tu proposer à la Villa Woz?

Surprise ! Une amazone entretient toujours le mystère!

 © Elodie Martial pour Amazones I réalisée chez Oncovia